Mardi 10 juillet 2007
Ugly Betty, la fausse-mauvaise-comédie-qui-est-même-vachement-bien.

    Parmis les nouvelles séries de la saison télévisuelle 2006 - 2007, Ugly Betty n'était pas dans les grands favoris. Le concept même pouvait apparaître comme une antithèse à la qualité : une adaptation d'un télénovela brésilien [sic], lui-même déjà adapté de manière catastrophique par l'Allemagne qui l'a baptisé Le Destin de Lisa, alias l'histoire de la pôôôôvre Lisa qui est laide mais gentille et surtout un peu (beaucoup) complètement conne et qui travaille dans le milieu pas-gentil-tout-plein de la mode, avec des gens qui sont tous-beaux-et-pas-gentils-ouin-ouin, le tout servi à la sauce clichés à gogo, 100% mièvrerie et bons sentiments.


    Heureusement, les Américains ont la classe, et, EUX, savent faire des séries. Même qu'ils savent rectifier le travail des autres lorsqu'ils adaptent un soap brésilien tout pourri. Si vous voulez une idée de la qualité d'Ugly Betty (l'adapation US du télénovela brésilien), eh bien c'est à peu de choses près l'exact opposé du triste et fade Destin de Lisa.
    Bon, c'est pas non plus parfait. Les premiers épisodes, bien que très largement regardables, souffrent d'une structure très répétitive qui insiste un peu trop sur le renversement des valeurs, à savoir l'opposition entre Betty-la-moche-mais-gentille-et-compétente et les autres riches-et-beaux-qui-sont-un-peu-méchants-quand-même. Mais très rapidement, Betty s'affranchit de ses racines pour devenir une vraie bonne série, drôle et pétillante, imaginative et débordante de fraîcheur et d'humanisme.

    Comme dans les deux précédentes versions, Betty est une jeune fille au physique ingrat, qui compense sa lacune physique par des qualités humaines (quoique Lisa soit complètement conne, la pauvre). Elle réussit à trouver un boulot dans un prestigieux magazine de mode intitulé... Mode, pour lequel elle est l'assistante du rédacteur en chef. Comme dans les autres versions, elle est un peu perdue dans ce monde où le paraître est plus important que l'être et où les gens ne sont pas tendres avec elle.
    Mais les points communs s'arrêtent là. Ugly Betty, contrairement à ses consoeurs, n'est pas un soap mais bel et bien une comédie. Comme pour casser la filiation dès le pilote, Betty n'est pas engagée pour ses compétences mais parce que Bradford Meade, le mégaboss du magazine, juge qu'une assistante ingrate empêchera son bon à (presque) rien de fils alias le directeur du magazine de s'envoyer en l'air avec elle. Et puis Betty a beau être laide et gentille, elle n'est pas pour autant fade et insipide comme Lisa : elle a du caractère, et son physique est un trait à part entière de sa personnalité, contrairement à la version allemande pour laquelle le physique de Lisa n'est qu'un prétexte à la série. Le physique de Betty, bien qu'un peu outransier (chevelure impossible, appareil dentaire, goûts vestimentaires catastrophiques, rondeurs), n'est pas subi par l'héroïne, qui aime la manière dont elle s'habille et assume son appareil et ses rondeurs, ce qui donne des scènes savoureuses notamment à chaque début d'épisode, où l'on voit toujours Betty dans une situation qui fait ressortir son manque de beauté, juste avant qu'apparaisse le logo de la série. Les scénaristes intègrent les caractéristiques physiques de Betty au comique de la série, qui se moque certes du milieu de la mode mais aussi de son héroïne mal fringuée. On ne peut que rire lorsque d'autres personnages se moquent de Betty.

    Le principal point fort de la série est donc la distance qu'elle a sur elle-même. Au lieu de renier le soap d'où elle vient, la série assume complètement. Ugly Betty utilise pas mal de ficelles scénaristiques du soap-opera : intrigues rocambolesques, retournements de situation improbables, clichés, bons sentiments... mais avec ce second degré qui les transforment en un humour diablement efficace. Ugly Betty est drôle. Très drôle, même, et de plus en plus. Les scénaristes se moquent de tout, et surtout d'eux-mêmes, comme on peut le voir par ces extraits de soap que regarde le père de Betty qui rappellent la filiation de la série à ce genre décrié, ou par les répliques de certains personnages lors de scènes clichées ou mièvres, qui disent eux-mêmes combien la situation est ridicule, ce qui a pour effet de supprimer "l'effet soap".
Les personnages sont au premier abord complètement clichés. Mais les scénaristent réussissent, à force de dérision et d'humour, à leur constituer une vraie épaisseur et à les rendre très attachants sans annihiler leur force comique, c'est-à-dire leurs caractéristiques clichées. On a ainsi une palette de personnages clichés tels que la réceptionniste anorexique et salope, le gay flamboyant et méchant, le beau gosse coureur de jupons ou la femme manipulatrice pleine d'ambitions, mais ils restent crédibles, drôles et surtout très attachants, et constituent la vraie force de la série.
Pour ces personnages hauts en couleurs, les scénaristes imaginent des intrigues certes très largement over the top, mais hautement divertissantes. Et plus c'est gros, plus c'est bon. La vraisemblance n'entre même plus en compte quand on s'amuse à ce point des histoires des personnages. Les intrigues sont denses, intenses, très drôles, et très audacieuses. Le point fort surprise de la série étant cet humanisme, le message de tolérance qui est véhiculé par les intrigues, sans que ça sonne une seconde "morale bien-pensante à la 7 à la maison"

Comme quoi du second degré et du recul sur soi-même peut faire des miracles, même à la télévision :)
par Sylvain publié dans : Critiques ciné
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Mercredi 4 avril 2007
Ca y est, maintenant on en est sûrs : Lisa Kudrow était la meilleure actrice de Friends. Elle était hilarante et avait le personnage le plus déjanté de la célèbre série, ce qui avait permis à l'actrice de s'imposer comme une très bonne actrice.
Et pourtant, son Talent n'avait été qu'effleuré. La belle Lisa se révèle littéralement dans The Comeback, série qui la met à l'honneur et lui permet de briller comme jamais, en la mettant au premier plan, c'est-à-dire dans toutes les scènes.


Qu'est-ce que c'est ? une comédie de la chaîne américaine HBO (ma préférée), diffusée en 2006, annulée au bout de son unique saison par manque d'audience mais en accord avec les créateurs de la série Michael Patrick King (Sex And The City), et Lisa Kudrow herself.


De quoi ça parle ? The Comeback n'est pas une émission de télé-réalité qui filme le retour de Lisa Kudrow après la période Friends. Et  pourtant, c'est presque ça. En fait, c'est encore mieux que ça. The Comeback est une série dans laquelle Lisa Kudrow joue le rôle d'une actrice has-been, Valerie Cherish, star d'une sitcom du début des années 1990, retombée depuis dans l'anonymat le plus complet. Heureusement pour elle, c'est l'heure de son grand comeback ! Une chaîne de télé l'a choisie pour filmer son comeback sur le petit écran, à travers une émission de téléréalité qui la filme dans les moindres de ses faits et gestes, dont le tournage de sa nouvelle série, Room And Bored (traduit Chambres Avec Tensions), diffusée sur la même chaîne.


C'est bien ? Très très beaucoup. La série est filmée par les caméras de l'émission de téléréalité qui est censé relancer la carrière de Valerie Cherish. La série utilise donc, de manière extrêmement scénarisée puisque c'est une série, tous les codes de la téléréalité : réalisation caméra à l'épaule, gros plans, absence de musique et de montage, puisque les treize épisodes voient l'équipe de téléréalité la suivre dans ses moindres mouvements, avant la phase du montage. Cette manière de réaliser, très brute, et très intrusive, permet d'explorer en profondeur le personnage de Lisa Kudrow, présente dans toutes les scènes, dont la psychologie, à travers les multiples thèmes traités au cours de ces 13 épisodes, est très pertinemment abordée.
Car The Comeback ne se contente pas de raconter le retour sous les projecteurs d'une actrice has-been. Avant tout, la série est une satire féroce du monde des sitcoms, abordé par le tournage de la nouvelle série de Valerie, et de la télé-réalité elle-même : en utilisant ses codes, Lisa Kudrow et Michael Patrick King pointent du doigt le fontionnement et la nature malsaine de la télé-réalité. Car face aux caméras 24h sur 24, Valerie, qui essaie de jouer un rôle et de rester digne, ne peut s'empêcher de se mettre à nu et de trahir sa véritable personnalité en se montrant au final si dépendante des caméras qu'elle serait prête à tout accepter pour revenir sous les feux des projecteurs et retrouver sa gloire passée, peut importe les moyens.
par Sylvain publié dans : Critiques ciné
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Lundi 2 avril 2007
Tout le monde adore imaginer ce qui aurait pu être mais qui n'a pas été, refaire un monde avec des "si". Les historiens anglais ont beaucoup écrit des "What if books", des livres d'histoire qui théorisent un monde sans par exemple la réussite de la Révolution russe (et donc du communisme), ou avec l'Allemand comme langue officielle des Etats-Unis comme cela a failli être, ou bien d'autres hypothèses qui auraient profondément changé le monde tel qu'on le connaît. La télé aussi adore ça, les "what if episodes" sont souvent des gros succès d'audience (Buffy, Friends) et Sliders en fait même son postulat de départ. Et si souvent imaginer ce qui aurait pu être n'est qu'une perte de temps futile et inutile, parfois c'est intéressant, et même, nécessaire.

Eric-Emmanuel Smith se classe dans cette deuxième catégorie avec son livre La part de l'autre, qui propose un "what if" des plus passionnants : et si Hitler, peintre raté, avait été accepté à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne à laquelle il a postulé deux fois sans succès ? Comment aurait évolué le jeune Adolf Hitler s'il s'était consacré à une vie d'artiste ? Comment ce succès au concours d'entrée aurait-il profondément changé sa personnalité ?
Si toutefois on partage, comme l'auteur, que la destinée d'Hitler se dessine psychologiquement à partir du moment où il subit son premier et douloureux gros échec (et cette thèse est très plausible), ce livre prend tout son sens. Smith prend comme point de départ le jour des résultats du concours, et divise par la suite son roman en deux récits : l'un tourne autour d'Hitler et sa vie telle qu'elle a été, et nous montre comment l'enfant frustré est devenu l'un des dictateurs les plus meurtriers de l'histoire ; l'autre imagine ce qu'aurait été la vie d'Adolf H, étudiant aux Beaux-Arts. Les deux récits évoluent parallèlement sans jamais se croiser, mais les résonnances entre le fictif Adolf H et le réel Hitler sont frappantes et encouragent à réfléchir sur la part de l'autre, c'est-à-dire la part d'humanité de chaque individu, celle par laquelle il laisse pénétrer les influences extérieures. Smith, qui s'est appuyé sur des biographies et ouvrages historiques autour d'Hitler, dresse un portrait psychologique de l'homme et part de la théorie selon laquelle Hitler a été ce qu'il a été à cause de son isolement et de la carapace psychologique qu'il s'est constituée pour justifier ses échecs et se persuader d'un grand destin. Au contraire, par sa fictive admission aux Beaux-Arts, Smith imagine un Adolf H. qui, encouragé à s'ouvrir aux autres, décide par là de réfléchir sur lui-même, de comprendre ses faiblesses, de régler les conséquences de son enfance difficile (grande séquence que la rencontre entre Adolf H et le Docteur Freud). Smith montre simplement comment le rapport aux autres (et par conséquent à soi) peut transformer une personne. Hitler et Adolf H. ont le même passé, mais à la suite du résultat à ce concours, vont emprunter des chemins qui font d'eux deux hommes complètement différents, ce qui se ressent forcemment sur le reste du monde.

Bref,  vous l'avez compris, ce livre m'a passionné. D'abord parce qu'il est fin et intelligent dans son portrait psychologique des deux "façettes" Hitler et Adolf H. Ensuite car l'auteur possède un style bien à lui, littéraire et très agréable à lire. Enfin car la partie consacrée à Hitler est juste historiquement, et celle consacrée à Adolf H. est réjouissante d'inventivité et de pertinence.
A lire je vous dis !
par Sylvain publié dans : Critiques bouquins
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Jeudi 23 novembre 2006

SCOOP, de WOODY ALLEN


La vieillesse va vraiment bien à Woody Allen. Après le drame pur et dur avec Match Point l’année dernière, Allen récupère Londres et Scarlett Johansson pour cette fois pondre un petit joyau de comédie, Scoop.

Scarlett Johansson campe une apprentie-journaliste gauche et peu professionnelle, Sondra, témoin lors d’un spectacle de magie mené par Woody Allen de l’apparition fantomatique d’un grand reporté, décédé avant d’avoir pu exploiter son dernier grand scoop : l’implication du fils d’un membre important de la haute aristocratie londonienne dans une série de meurtres impliquant des prostituées. Sondra décide d’enquêter sur l’homme avec l’aide du personnage de Woody Allen pour poursuivre l’œuvre de ce journaliste et dénicher le scoop qui lui permettrait d’intégrer la rédaction des grands magazines qu’elle convoite.

Scoop fait partie de ces films réjouissants dont la légèreté et la sympathie qu’inspirent les personnages portent le spectateur tout le long du spectacle. Allen signe une pure comédie, garantie avec de vrais éclats de rire, des vraies répliques qui tuent, un rythme qui ne faiblit à aucun moment et des acteurs complices, visiblement ravis de jouer l’un avec l’autre.

Pour une fois en ce qui me concerne, l’un des points forts du film, si ce n’est son principal atout, est le personnage que s’est écrit Woody Allen, étonnement attachant dans le rôle de ce magicien excentrique un peu paumé, qui s’embarque avec Scarlett Johansson dans une enquête à la source d’une grande complicité entre les deux personnages. Alors que tout le long de sa carrière Allen s’est cru un sex-symbol capable de tomber les plus belles femmes, avec Scoop il semble avoir trouvé le chemin de la sagesse en se posant comme un père de substitution au personnage de Scarlett Johansson. Ce rapport père-fille, inédit dans les duos d’Allen avec les actrices, se révèle très touchant car il permet à Allen l’acteur de montrer une autre facette de sa personnalité et d’assumer son âge, tout en restant (c'est Allen quand même !) toujours très dynamique.

De plus, les apparitions du journaliste décédé pour guider nos héros dans leur enquête font baigner le film dans une atmosphère d’irréalité un peu naïve (dans le bon sens du terme) très agréable. Certes c’est une ficelle assez grosse qui permet à l’intrigue d’avancer sans s’embarrasser de complications, mais Allen l’utilise très intelligemment et au fond peu importe : comme le dit Ciné Live, Scoop est « une comédie pétillante comme du champagne, qu’importe la façon pourvu qu’on ait l’ivresse ». Et c’est exactement ça : l’intérêt du film n’est pas l’enquête sur le riche Lord (qui génère aussi son lot de très bonnes scènes, il ne faut pas croire) mais bien le duo remarquablement efficace entre les deux acteurs et la façon dont l’intrigue policière fait évoluer leurs rapports. Et décidément, Allen filme Scarlett Johansson comme personne, en faisant ressortir chez elle des choses que ne savent pas capter les autres réalisateurs (d’où mes déceptions quand je la vois dans d’autres films que ceux d’Allen) : alors que dans Match Point elle révélait l’étendue de sa sensualité, elle est d’une grande simplicité dans Scoop, et prouve qu’elle est aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame.

Les fans de séries reconnaîtront dans le rôle du journaliste-fantôme l’excellent Ian McShane de Deadwood, et Anthony Stewart Head (Giles dans Buffy) dans un petit rôle.

BILAN : Scoop est une réussite totale, un film drôle et chaleureux, qui renforce mon admiration pour ce très grand cinéaste, toujours capable à plus de 75 ans d’écrire d’excellents scénarios, de réaliser et même de jouer dans ses films.

Décidément, j’aime énormément Woody Allen depuis sa « résurrection » en 2004 : sa vieillesse lui a fait acquérir une seconde maturité qu’il est très agréable de voir à l’écran. Quel dommage que Scoop soit –normalement- son avant-dernier film…

 

par Sylvain publié dans : Critiques ciné
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Dimanche 12 novembre 2006
Voici deux petites vidéos sur la série Desperate housewives

La première est la parodie de la géniale équipe de MadTV, qui est vraiment excellente !
La voix-off est très très drôle et parodie à merveille les actrices ("You don't understand their réactions because the botox. There is a lot of stress in Hollywood to stay young" lol) et surtout les personnages (Susan la gaffeuse qui se jette par la fenêtre !)
Et puis il ne faut pas rater Lynette et Gabrielle jouées par des hommes, les réactions sous-titrées face à la mort de Mary-Alice à cause du botox, les "ooooooohhhhhh" de Susan et la grande roue !




La deuxième vidéo est la promo de la chaîne ABC pour la saison 2, un clip très réussi qui est vraiment très "tempting"


par Sylvain publié dans : Divers
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