Critiques ciné

Lundi 30 octobre 2006

Comme j’ai pas envie que ma première critique ciné sur ce blog soit négative, ce n’est pas moi qui vais la faire mais une jeune fille dont l’opinion est très intéressante :

 

« Salut, moi c’est Andive, j’ai 15 ans, 3 mois et 1 jour, je suis Verseau ascendant Poissons, Chien de mon signe chinois, VOTEZ CYRIL A LA STARAC' et j’ai trop a-do-ré le film !

Avant de commencer ma critique (trop cool que sylvain m'ait demandé de la faire!) j’ai une déclaration à faire et c’est hyper important : c’est pas la peine de vous moquer de mon prénom, j’y peux rien si mes parents m’ont appelée comme ça, j’ai demandé à ma mère pourquoi elle m’avait appelé comme un fruit et elle m’a juré qu’elle savait pas au moment où ils ont choisi, alors ça va, hein !

L’autre jour sur un tchat y’a un mec qui était trop relou il m’a dit : « Andive, j’ai envie d’une escalope avec une belle salade », j’lui ai dit « ben vas au resto ! », et il m’a dit « c’est une contre pète et rit » (puis il arrêtait pas d’envoyer des clins d’œil) , et jlui ai dit « quoi ? », il m’a dit un truc genre il faut changer des syllabes, enfin bref j’ai pas trop compris mais maintenant je vais changer de pseudo ! Raz-l’assiette !

 

Bon, avec tout ça je m’éloigne du vif du sujet, qui est le film, et franchement c’était trop bien. Moi je le savais que c’était dur le milieu de la mode (je lis Filles-magazine toutes les deux semaines), mais alors à ce point-là j’m’imaginais pas, quoi.

C’est l’histoire d’une fille trop belle et trop intelligente, et dans la vie elle veut écrire dans des magazines sérieux, genre les informations, mais qu’on achète dans les bureaux de tabacs (perso jtrouve ça débile, j’veux dire y’a qu’à regarder la télé quoi, pourquoi se forcer à lire ?)

Enfin bref elle décroche un boulot trop bien dans un magazine de mode, mais la pauvre elle se fringue vraiment comme ma grand-mère, c’est pour ça que tout le monde se moque d’elle au début. Hi hi d’ailleurs c’était trop tordant, le moment où elle arrive avec son pull synthétique bleu trop grand et son pantalon vert tout moche, limite jme suis dit « ils abusent, à croire qu’ils veulent la ridiculiser en lui faisant porter des trucs horribles pour que son changement plus tard dans le film soit spectaculaire et qu’on dise ‘ouah elle a trop changé’ »…

Mais bon… jme le suis pas dit, quoi.

 

Et franchement la vie, elle est trop dure pour elle. Je savais pas que c’était aussi dur de devenir journaliste aux Etats-Unis : apparemment il faut travailler pendant un an comme assistante dans un magazine de mode super réputé, parce qu’ensuite, quand t’as survécu à la mode, tu peux survivre à tout (un peu comme McDo). Et même si le journalisme politique ça a rien à voir avec la mode, eh ben il faut quand même passer par là, sinon c’est pas possible de percer (si si, elle avait pas le choix, c’est dit dans le film !)

Trop dur, quoi. Comme quoi la mode ça mène à tout ! Et merci au film de m’avoir appris ça ! Par contre je me pose une question : est-ce que pour devenir journaliste de mode faut être assistante dans un magazine sérieux genre « Times » ? Parce que sinon je vais peut être changer d’idée de carrière ! (c'est vrai quoi, je vais me retrouver avec que des intellos, et tout le monde sait que l'intelligence, c'est la roue de secours des moches !)

 

Pour revenir au film, l’héroïne galère grave, au début elle se croit trop bien pour s’abaisser à porter des trucs à la mode (franchement c’est pas être superficielle que porter de la fourrure, faut relativiser y’a pas mort d’homme !), et puis un jour elle comprend que la mode, c’est hyper sérieux et profond aussi, et du coup elle change de look et elle est trop belle, quoi ! Bon ça empêche pas que sa patronne elle soit trop hyper-méchante et que l’autre secrétaire lui dise pleins de vacheries, mais elle est trop gentille alors elle pardonne tout et essaie de se montrer à la hauteur, quitte à travailler toute la nuit (ben oui c’est ça la mode, t’as plus de vie privée !)

Mais y’a de la lueur à la sortie du pont, car y’a un riche rédacteur d’un autre magazine qui la drague, et j’avais trop envie de lui dire « vas-y, largues ton cuisinier à deux balles, prends le riche ! », mais elle m’a pas écouté. Enfin pas tout de suite, parce qu’à force de porter des belles fringues, eh ben elle a commencé à devenir comme les autres poufs et laisser tomber ses vraies valeurs, ses amis, son copain et tout. D’ailleurs à un moment son copain la largue parce qu’elle arrêtait pas de faire passer sa patronne avant lui, et ça tombe pile avant son méga-voyage à Paris qu’elle a piqué à l’autre assistante. Du coup elle couche avec le beau rédacteur à Paris (trooooop romantiiiiiiiique) dans son super appart’ avec vue sur la tour Eiffel, mais dès le lendemain matin, elle découvre que c’est un gros salaud parce qu’il était au courant que sa patronne allait se faire virer et il a rien dit par ambition personnelle !!! Alors elle court prévenir sa patronne, mais en fait la patronne savait et elle avait déjà élaboré un plan de secours, du coup c’est un gars qu’elle aimait bien qui se retrouve sur le carreau. Trop injuste ! C’est là qu’elle comprend que la vie c’est pas le travail acharné, que l’amour c’est trop important, beaucoup plus que d’être riche et de s’habiller bien.

 

PS : enfin bon pour trouver l’amour faut quand même être un peu riche et bien sapée, quoi. Je sais que moi, j’aurais jamais séduit Brian si je l’avais pas invité tous les jours pendant un mois à jouer sur la PlayStation 2 de mon frère ! J’ai même dû acheter une Nintendo DS à mon frère pour qu’il arrête de vouloir jouer à la Play quand Brian était là, preuve que le film a tout faux de ce côté là (franchement c'est le seul défaut que je trouve au film)

Je trouve que des fois les films ils sont vraiment éloignés de la réalité, avec ce genre de discours par exemple. Y’a une fille dans ma classe elle met des jupes à carreaux parce qu’elle est pauvre, hé ben elle est célibataire, y’a pas de secrets ! Si elle avait de l’argent elle s’achèterait un jean taille basse et peut être qu’elle mangerait pas toute seule au fond de la cour. Alors la morale « l’argent fait pas le bonheur », c’est mauvais car ça risque de donner de l’espoir aux pauvres qui sont moches et mal sapées, et elles vont être hypra déçues !

 

PS bis : heureusement que je suis riche et bien sapée !

 

Bref, du coup à la fin elle laisse tomber les fringues des grands couturiers (mais elle s’habille mieux quand même, comme quoi l’expérience a été positive) et elle récupère son copain, tant pis s’ils seront pauvres. Mais même pas, parce qu’il a trouvé un boulot trop bien et elle, elle réussit à avoir un boulot dans un magazine sérieux ! Ouf, j’ai trop cru que ça finirait mal.

 

En résumé, le film est trop bien, parce qu’il véhicule des valeurs trop profondes genre « faut pas vendre son âme au travail et à l’ambition, parce que c’est l’amour le plus important »

C’est vrai quoi, à 80 ans on bossera plus (enfin ça dépend si la droite reste au pouvoir) et alors là si on a fait un boulot dans lequel on était méchant et qu’on se retrouve tout seul (parce que le film nous dit qu’on se retrouve toujours tout seul quand on vend son âme au travail), eh ben on aura raté sa vie !

Je suis bien contente d’avoir vu ce film avant d’avoir 80 ans (ou 56 d'ailleurs, parce que ça doit être hyper difficile de refaire sa vie à 56 ans, non ?), comme ça je vais faire les bons choix, d’ailleurs je vais commencer tout de suite : ce soir ma mère voulait que je reste à la maison pour travailler mes maths, eh ben je vais aller voir Brian parce que si je travaille trop, je vais devenir méchante et égoïste et je vais me faire larguer ! Jamais ! Après manquerait plus que le fisc découvre que papa déclare pas ses impôts et je touche le fond, quoi ! (en plus, je crois que ma mère a des jupes à carreaux dans son armoire, c’est trop horrible si j’ai plus d’argent j’irai tenir compagnie à l’autre scandaleuse !)

 

Avant de finir, je voudrais dire que j’ai remarqué un aspect hyper intéressant : la diversité culturelle : l’héroïne est blanche, sa meilleure amie est noire et son copain est latino. Etant donné que le film se déroule dans le milieu de la mode et de la richesse où y’a que des blancs, j’ai trouvé ça super bien qu’ils montrent des latinos et des noirs chez les pauvres ! Trop ouvert d’esprit le film !

 

Et comme jsuis une nana qu’adore le cinéma et qui remarque pleins de détails de pros, je tiens à noter que l’esthétisme du film est trop bien réalisée : à chaque fois qu’un personnage marche dans la rue, c’est filmé au ralenti avec de la musique des plus grands tubes du moment, j’ai trop adoré ! Et puis quand l’héroïne est triste, y’a des gros plans sur son visage avec de la musique au piano, non franchement le film il a trop du style !

 

Bon, jvous laisse, jvais retrouver Brian.

Kissouxxx’

 

Andive. »

 

 En gros : une comédie rose bonbon garantie 100% bons sentiments et écrite avec les pieds mais quand même agréable à regarder quand on a rien à faire. Les acteurs s’en sortent bien. Par contre, que vient faire Meryl Streep là-dedans ?

Par Sylvain
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Jeudi 23 novembre 2006

SCOOP, de WOODY ALLEN


La vieillesse va vraiment bien à Woody Allen. Après le drame pur et dur avec Match Point l’année dernière, Allen récupère Londres et Scarlett Johansson pour cette fois pondre un petit joyau de comédie, Scoop.

Scarlett Johansson campe une apprentie-journaliste gauche et peu professionnelle, Sondra, témoin lors d’un spectacle de magie mené par Woody Allen de l’apparition fantomatique d’un grand reporté, décédé avant d’avoir pu exploiter son dernier grand scoop : l’implication du fils d’un membre important de la haute aristocratie londonienne dans une série de meurtres impliquant des prostituées. Sondra décide d’enquêter sur l’homme avec l’aide du personnage de Woody Allen pour poursuivre l’œuvre de ce journaliste et dénicher le scoop qui lui permettrait d’intégrer la rédaction des grands magazines qu’elle convoite.

Scoop fait partie de ces films réjouissants dont la légèreté et la sympathie qu’inspirent les personnages portent le spectateur tout le long du spectacle. Allen signe une pure comédie, garantie avec de vrais éclats de rire, des vraies répliques qui tuent, un rythme qui ne faiblit à aucun moment et des acteurs complices, visiblement ravis de jouer l’un avec l’autre.

Pour une fois en ce qui me concerne, l’un des points forts du film, si ce n’est son principal atout, est le personnage que s’est écrit Woody Allen, étonnement attachant dans le rôle de ce magicien excentrique un peu paumé, qui s’embarque avec Scarlett Johansson dans une enquête à la source d’une grande complicité entre les deux personnages. Alors que tout le long de sa carrière Allen s’est cru un sex-symbol capable de tomber les plus belles femmes, avec Scoop il semble avoir trouvé le chemin de la sagesse en se posant comme un père de substitution au personnage de Scarlett Johansson. Ce rapport père-fille, inédit dans les duos d’Allen avec les actrices, se révèle très touchant car il permet à Allen l’acteur de montrer une autre facette de sa personnalité et d’assumer son âge, tout en restant (c'est Allen quand même !) toujours très dynamique.

De plus, les apparitions du journaliste décédé pour guider nos héros dans leur enquête font baigner le film dans une atmosphère d’irréalité un peu naïve (dans le bon sens du terme) très agréable. Certes c’est une ficelle assez grosse qui permet à l’intrigue d’avancer sans s’embarrasser de complications, mais Allen l’utilise très intelligemment et au fond peu importe : comme le dit Ciné Live, Scoop est « une comédie pétillante comme du champagne, qu’importe la façon pourvu qu’on ait l’ivresse ». Et c’est exactement ça : l’intérêt du film n’est pas l’enquête sur le riche Lord (qui génère aussi son lot de très bonnes scènes, il ne faut pas croire) mais bien le duo remarquablement efficace entre les deux acteurs et la façon dont l’intrigue policière fait évoluer leurs rapports. Et décidément, Allen filme Scarlett Johansson comme personne, en faisant ressortir chez elle des choses que ne savent pas capter les autres réalisateurs (d’où mes déceptions quand je la vois dans d’autres films que ceux d’Allen) : alors que dans Match Point elle révélait l’étendue de sa sensualité, elle est d’une grande simplicité dans Scoop, et prouve qu’elle est aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame.

Les fans de séries reconnaîtront dans le rôle du journaliste-fantôme l’excellent Ian McShane de Deadwood, et Anthony Stewart Head (Giles dans Buffy) dans un petit rôle.

BILAN : Scoop est une réussite totale, un film drôle et chaleureux, qui renforce mon admiration pour ce très grand cinéaste, toujours capable à plus de 75 ans d’écrire d’excellents scénarios, de réaliser et même de jouer dans ses films.

Décidément, j’aime énormément Woody Allen depuis sa « résurrection » en 2004 : sa vieillesse lui a fait acquérir une seconde maturité qu’il est très agréable de voir à l’écran. Quel dommage que Scoop soit –normalement- son avant-dernier film…

 

Par Sylvain
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Mercredi 4 avril 2007
Ca y est, maintenant on en est sûrs : Lisa Kudrow était la meilleure actrice de Friends. Elle était hilarante et avait le personnage le plus déjanté de la célèbre série, ce qui avait permis à l'actrice de s'imposer comme une très bonne actrice.
Et pourtant, son Talent n'avait été qu'effleuré. La belle Lisa se révèle littéralement dans The Comeback, série qui la met à l'honneur et lui permet de briller comme jamais, en la mettant au premier plan, c'est-à-dire dans toutes les scènes.


Qu'est-ce que c'est ? une comédie de la chaîne américaine HBO (ma préférée), diffusée en 2006, annulée au bout de son unique saison par manque d'audience mais en accord avec les créateurs de la série Michael Patrick King (Sex And The City), et Lisa Kudrow herself.


De quoi ça parle ? The Comeback n'est pas une émission de télé-réalité qui filme le retour de Lisa Kudrow après la période Friends. Et  pourtant, c'est presque ça. En fait, c'est encore mieux que ça. The Comeback est une série dans laquelle Lisa Kudrow joue le rôle d'une actrice has-been, Valerie Cherish, star d'une sitcom du début des années 1990, retombée depuis dans l'anonymat le plus complet. Heureusement pour elle, c'est l'heure de son grand comeback ! Une chaîne de télé l'a choisie pour filmer son comeback sur le petit écran, à travers une émission de téléréalité qui la filme dans les moindres de ses faits et gestes, dont le tournage de sa nouvelle série, Room And Bored (traduit Chambres Avec Tensions), diffusée sur la même chaîne.


C'est bien ? Très très beaucoup. La série est filmée par les caméras de l'émission de téléréalité qui est censé relancer la carrière de Valerie Cherish. La série utilise donc, de manière extrêmement scénarisée puisque c'est une série, tous les codes de la téléréalité : réalisation caméra à l'épaule, gros plans, absence de musique et de montage, puisque les treize épisodes voient l'équipe de téléréalité la suivre dans ses moindres mouvements, avant la phase du montage. Cette manière de réaliser, très brute, et très intrusive, permet d'explorer en profondeur le personnage de Lisa Kudrow, présente dans toutes les scènes, dont la psychologie, à travers les multiples thèmes traités au cours de ces 13 épisodes, est très pertinemment abordée.
Car The Comeback ne se contente pas de raconter le retour sous les projecteurs d'une actrice has-been. Avant tout, la série est une satire féroce du monde des sitcoms, abordé par le tournage de la nouvelle série de Valerie, et de la télé-réalité elle-même : en utilisant ses codes, Lisa Kudrow et Michael Patrick King pointent du doigt le fontionnement et la nature malsaine de la télé-réalité. Car face aux caméras 24h sur 24, Valerie, qui essaie de jouer un rôle et de rester digne, ne peut s'empêcher de se mettre à nu et de trahir sa véritable personnalité en se montrant au final si dépendante des caméras qu'elle serait prête à tout accepter pour revenir sous les feux des projecteurs et retrouver sa gloire passée, peut importe les moyens.
Par Sylvain
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Mardi 10 juillet 2007
Ugly Betty, la fausse-mauvaise-comédie-qui-est-même-vachement-bien.

    Parmis les nouvelles séries de la saison télévisuelle 2006 - 2007, Ugly Betty n'était pas dans les grands favoris. Le concept même pouvait apparaître comme une antithèse à la qualité : une adaptation d'un télénovela brésilien [sic], lui-même déjà adapté de manière catastrophique par l'Allemagne qui l'a baptisé Le Destin de Lisa, alias l'histoire de la pôôôôvre Lisa qui est laide mais gentille et surtout un peu (beaucoup) complètement conne et qui travaille dans le milieu pas-gentil-tout-plein de la mode, avec des gens qui sont tous-beaux-et-pas-gentils-ouin-ouin, le tout servi à la sauce clichés à gogo, 100% mièvrerie et bons sentiments.


    Heureusement, les Américains ont la classe, et, EUX, savent faire des séries. Même qu'ils savent rectifier le travail des autres lorsqu'ils adaptent un soap brésilien tout pourri. Si vous voulez une idée de la qualité d'Ugly Betty (l'adapation US du télénovela brésilien), eh bien c'est à peu de choses près l'exact opposé du triste et fade Destin de Lisa.
    Bon, c'est pas non plus parfait. Les premiers épisodes, bien que très largement regardables, souffrent d'une structure très répétitive qui insiste un peu trop sur le renversement des valeurs, à savoir l'opposition entre Betty-la-moche-mais-gentille-et-compétente et les autres riches-et-beaux-qui-sont-un-peu-méchants-quand-même. Mais très rapidement, Betty s'affranchit de ses racines pour devenir une vraie bonne série, drôle et pétillante, imaginative et débordante de fraîcheur et d'humanisme.

    Comme dans les deux précédentes versions, Betty est une jeune fille au physique ingrat, qui compense sa lacune physique par des qualités humaines (quoique Lisa soit complètement conne, la pauvre). Elle réussit à trouver un boulot dans un prestigieux magazine de mode intitulé... Mode, pour lequel elle est l'assistante du rédacteur en chef. Comme dans les autres versions, elle est un peu perdue dans ce monde où le paraître est plus important que l'être et où les gens ne sont pas tendres avec elle.
    Mais les points communs s'arrêtent là. Ugly Betty, contrairement à ses consoeurs, n'est pas un soap mais bel et bien une comédie. Comme pour casser la filiation dès le pilote, Betty n'est pas engagée pour ses compétences mais parce que Bradford Meade, le mégaboss du magazine, juge qu'une assistante ingrate empêchera son bon à (presque) rien de fils alias le directeur du magazine de s'envoyer en l'air avec elle. Et puis Betty a beau être laide et gentille, elle n'est pas pour autant fade et insipide comme Lisa : elle a du caractère, et son physique est un trait à part entière de sa personnalité, contrairement à la version allemande pour laquelle le physique de Lisa n'est qu'un prétexte à la série. Le physique de Betty, bien qu'un peu outransier (chevelure impossible, appareil dentaire, goûts vestimentaires catastrophiques, rondeurs), n'est pas subi par l'héroïne, qui aime la manière dont elle s'habille et assume son appareil et ses rondeurs, ce qui donne des scènes savoureuses notamment à chaque début d'épisode, où l'on voit toujours Betty dans une situation qui fait ressortir son manque de beauté, juste avant qu'apparaisse le logo de la série. Les scénaristes intègrent les caractéristiques physiques de Betty au comique de la série, qui se moque certes du milieu de la mode mais aussi de son héroïne mal fringuée. On ne peut que rire lorsque d'autres personnages se moquent de Betty.

    Le principal point fort de la série est donc la distance qu'elle a sur elle-même. Au lieu de renier le soap d'où elle vient, la série assume complètement. Ugly Betty utilise pas mal de ficelles scénaristiques du soap-opera : intrigues rocambolesques, retournements de situation improbables, clichés, bons sentiments... mais avec ce second degré qui les transforment en un humour diablement efficace. Ugly Betty est drôle. Très drôle, même, et de plus en plus. Les scénaristes se moquent de tout, et surtout d'eux-mêmes, comme on peut le voir par ces extraits de soap que regarde le père de Betty qui rappellent la filiation de la série à ce genre décrié, ou par les répliques de certains personnages lors de scènes clichées ou mièvres, qui disent eux-mêmes combien la situation est ridicule, ce qui a pour effet de supprimer "l'effet soap".
Les personnages sont au premier abord complètement clichés. Mais les scénaristent réussissent, à force de dérision et d'humour, à leur constituer une vraie épaisseur et à les rendre très attachants sans annihiler leur force comique, c'est-à-dire leurs caractéristiques clichées. On a ainsi une palette de personnages clichés tels que la réceptionniste anorexique et salope, le gay flamboyant et méchant, le beau gosse coureur de jupons ou la femme manipulatrice pleine d'ambitions, mais ils restent crédibles, drôles et surtout très attachants, et constituent la vraie force de la série.
Pour ces personnages hauts en couleurs, les scénaristes imaginent des intrigues certes très largement over the top, mais hautement divertissantes. Et plus c'est gros, plus c'est bon. La vraisemblance n'entre même plus en compte quand on s'amuse à ce point des histoires des personnages. Les intrigues sont denses, intenses, très drôles, et très audacieuses. Le point fort surprise de la série étant cet humanisme, le message de tolérance qui est véhiculé par les intrigues, sans que ça sonne une seconde "morale bien-pensante à la 7 à la maison"

Comme quoi du second degré et du recul sur soi-même peut faire des miracles, même à la télévision :)
Par Sylvain
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